Météor, les Conquérants de l'Espace

Forum des amateurs de Météor (Artima) et de son dessinateur, Raoul Giordan.
 
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockVen 8 Juin 2007 - 13:03

(Suite)
Toujours à propos de ce N° de Science et Vie

Giordan, se voulant le plus didactique possible dans les deux premiers Météor, s'est normalement inspiré de la documentation disponible et ne s'en est jamais caché:

Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 Fuseinstrumentsrz8


Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 Giordanraoulrg6
- Vignette 4 - planche 6 - Météor 2 -


Les modules lunaires de Giordan seront donc ceux imaginés par le Docteur Von Braun :


Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 Vonbraun1ya9


Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 Vonbraun2nf0


Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 Lem1qc3
- Météor N°2 - planche 13 - vignette 1


Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 Lem2pc0
- Météor N°2 - planche 18 - vignette 3


"Docteur W. Von Braun"...
L'énorme lapsus, relatif au "Docteur Brown", dont il est fait part sur la page:
https://meteor.forumactif.com/Raoul-Giordan-f4/Raoul-Giordan-et-Meteor-t31.htm
prend ici toute sa signification...



Les deux illustrations ci-après sont de R.A. Smith.
la première, trouvée dans le "Science et Vie", a inspiré Giordan. Voir le dessin ci-dessus.
La seconde a été trouvée sur le Net.

Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 Rasmith1nw2


Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 Rasmith2vp7

Cordialement.
Jacques Merlin


Dernière édition par le Sam 9 Juin 2007 - 19:07, édité 3 fois
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ricaille
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockVen 8 Juin 2007 - 21:31

Je reprends ici un courriel que j'ai échangé avec le Captainbop, pour dissiper d'éventuels malentendus :

"Très intéressant en effet. J'aimerais bien mettre la main sur ce Science&Vie.
Ceci dit, je n'essayais pas de trouver une source directe d'inspiration (ici, le Science&Vie ne laisse aucun doute), mais plutôt de se faire une image plus précise du contexte graphique dans lequel évoluait R.G. Contexte qui, à mon sens, s'éloignait du contexte graphique précédent (voir les chromos de l'an 2000) et dont j'apporterai bientôt un autre exemple.
R.G. dessine à une époque charnière : on s'éloigne des représentations du XIX, qui nous font sourire maintenant, mais qui apparaissaient comme réellement futuristes à leur époque, et on construit un autre environnement en extrapolant à partir de premières réalisations techniques (les fusées et Von Braun)."


Ricaille
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockVen 8 Juin 2007 - 22:26

Bravo, les gars !
Voilà de quoi rédiger de nouvelles pages sur le site, quand j'aurai comblé le travail en retard.
Génial
Continuez !
Cool
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockVen 8 Juin 2007 - 22:30

Proftnj a écrit:
Bravo, les gars !
Voilà de quoi rédiger de nouvelles pages sur le site, quand j'aurai comblé le travail en retard.
Génial
Continuez !
Cool
C'est déjà palpitant sur le forum ! Bravo 2

A suivre ?
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockSam 9 Juin 2007 - 0:53

Re: à Ricaille:

C'est peut-être sur ce bouquin qu'il faut mettre la main :

Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 Ananoffnv9

Pub se trouvant dans le dit "Science et Vie".
155 illustrations !

Voir à ce sujet :
http://spatial.forumdediscussions.com/Les-grands-noms-de-l-astronautique-f51/Ananoff-t97-0.htm


L'imagination de W. Von Braun méritait bien aussi quelques fleurs (Alexandria - Virginie).

Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 Braunaa3


Cordialement.
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockSam 9 Juin 2007 - 21:10

Alexandre Ananoff (1910-1992)

Premier vulgarisateur français de l’astronautique

Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 Alexan10



Français d'origine russe, Alexandre Ananoff est le premier grand vulgarisateur de l’astronautique en France. Auteur de "L'Astronautique" en 1950, il est en particulier connu pour avoir conseillé Hergé lorsque le dessinateur belge préparait les épisodes "Objectif Lune" et "On a marché sur la Lune" des aventures de Tintin.

Il a publié d'innombrables articles didactiques sur l'intérêt de la conquête de l'espace et organisé de multiples conférences. Il fut est à l’origine du 1er Congrès mondial d’astronautique (IAF), organisé à l'université de la Sorbonne à Paris, du 30 septembre au 2 octobre 1950.

Voir la suite : http://pif.allolespace.com/hommages/Alexandre%20Ananoff/index.htm

Ricaille
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockDim 10 Juin 2007 - 10:02

Bonjour,

Comme écrit par ailleurs, ce numéro de Science et Vie a permis à Giordan de pourvoir ses premiers scénarios d’un incontestable « vernis scientifique », les rendant totalement crédibles auprès de ses jeunes lecteurs.
D’autre part, dès cette année 1953, il est persuadé que les américains seront les meilleurs dans la conquête de l’espace, il l’affirmera ultérieurement à plusieurs reprises, d’où le choix de la nationalité de ses héros.
En tout état de cause, son frère dessinant « Vigor », il ne pouvait tout de même pas préférer les soviets…
Son choix se portera donc, en 1953, sur le docteur Von Braun qui posera l'homme sur la Lune en 1969.

Données « scientifiques » issues de ce numéro de Science et Vie :

Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 A2ve1
- Météor N°2 – planche 9 – vignette 7


Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 A3tu1
- Météor N°2 – planche 12 – vignette 4


Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 A4dx5
- Météor N°3 – planche 5 – vignette 7


Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 A5pt5
- Météor N°7 – planche 4 – vignette 6


Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 A6gr1
- Météor N°7 – planche 5 – vignette 4



En dehors des vignettes relatives à la cabine spatiale:

Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 A7hp8
- Météor N°2 – planche 13 – vignette 7


Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 A8ny6
- Météor N°2 – planche 14 – vignette 5

Il ne semble pas que l’ouvrage d’A. Ananoff ait constitué pour Giordan une source d’inspiration.
Seule la reproduction de cette cabine dans ce numéro de « Science et Vie » semble lui avoir été utile à se rendre globalement scientifiquement crédible.
Tellement crédible que ses dessins illustreront, bien plus tard, le contenu d’un ouvrage consacré à la relativité restreinte
http://w3.umh.ac.be/~pnt/relat.jpg
et dont une peinture de l’artiste ornera la couverture.

Cordialement.
Jacques Merlin
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockMar 12 Juin 2007 - 10:48

Bonjour,

Deux peintures à l'huile à rapprocher : Choqué!

Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 Horsesa0

Cordialement.
J.M.
Clin d\'oeil
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockMar 12 Juin 2007 - 18:52

captainbop a écrit:
Deux peintures à l'huile à rapprocher : Choqué!
Vous croyez que Raoul Giordan s'est inspiré du tableau de gauche ?
Cette ressemblance doit être fortuite (comme on dit).
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockMar 12 Juin 2007 - 20:42

Re:

Totalement fortuite, à mon avis, mais c'est intéressant.
...Les grands esprits se rencontrent...

Et cet assemblage, ne serait-ce que pour surprendre Ricaille ?

Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 Giordanmajaem6


Cordialement.
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockMar 12 Juin 2007 - 23:52

Cool WHAAAAAAAAAAAAAA !!! Très content
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MessageSujet: Films qui auraient pu influencer Raoul Giordan   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockLun 10 Sep 2007 - 22:26

Je recopie ici deux messages mieux placés ici.

ricaille a écrit:
Au sujet de l'ambiance culturelle, Raoul Giordan fréquentait-il les salles obscures ? A-t-il vu l'un de ces films à cette époque :

Croisière sidérales, 1942, France.
La féline (Cat people), 1942, Jacques Tourneur, Etats-Unis.
Ma femme est une sorciere (I Married a Wich), 1942, René Clair, Etats-Unis.
La nuit fantastique, 1942, Marcel L'Herbier, France.
Le spectre de Frankenstein (Ghost of Frankenstein), 1942, Erle C.Kenton, Etats-Unis.
Les visiteurs du soir, 1942, Marcel Carné, France.
Batman (Batman/Les hommes chauve-souris) , 1943, Lambert Hyllier.
Frankenstein contre le loup-garou (Frankenstein meets the Wolf man), 1943, Roy William Neill, Etats-Unis.
Les Aventures fantastiques du Baron de Munchhausen (Münchhausen), 1943, Allemagne.
Captive Wild Woman (id.), 1943, Edward Dmytryk, Etats-Unis.
La maison de Frankenstein (House of Frankenstein), 1944, E.C. Kenton, Etats-Unis.
C'est arrive demain (It happened tomorrow), 1944, René Clair, Etats-Unis.
La Malédiction des hommes chats (Curse of the Cat People), 1944, Robert Wise, Etats-Unis.
The Purple Monster Strikes, 1945, Etats-Unis.
Au coeur de la nuit (Dead of night), 1945, Grande-Bretagne.
La Belle et la bête, 1946, Jean Cocteau, France.
La bête aux cinq doigts (The Beast with Five Fingers), 1946, Jean Cocteau, Etats-Unis.
Une question de vie ou de mort (A Matter of Life and Death), 1946, Michael Powell, Emeric Pressburger, France.
L'Aventure de madame Muir (The Ghost and Mrs. Muir), 1947, Joseph L. Mankiewicz, Etats-Unis.
Les jeux sont faits, 1947, Jean Delannoy, France.
Sinbad le marin (Sinbad the Sailor), 1947, Richard Wallace, Etats-Unis.
Superman, 1948, Etats-Unis.
Batman and Robin, 1948, Spencer Bennet, Etats-Unis.
Monsieur Joe (Mighty Joe Young), 1949, E.B. Schoedsack, Etats-Unis.
Destination Lune, 1950, George Pal, Etats-Unis.
Vingt-quatre heures chez les martiens (Rocketship X-M), 1950, Kurt Neumann, Etats-Unis.
L'homme de la planète X (The Man from Planet X), 1951, Edgar G.Ulmer, Etats-Unis.
Le jour où la terre s'arrêta (The Day the Earth Stood Still), 1951, Robert Wise, Etats-Unis.
La chose d'un autre monde (The Thing from Another World), 1951, Howard Hawks, Etats-Unis
Le choc des mondes (When Worlds Collide), 1951, Etats-Unis.

Ricaille
captainbop a écrit:
Cette liste lui sera soumise.
Réponse sera ici donnée, dans la mesure du possible.
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockLun 10 Sep 2007 - 22:46

captainbop a écrit:
Et cet assemblage, ne serait-ce que pour surprendre Ricaille ?

Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 Giordanmajaem6


Cordialement.
Tiens à ce sujet, dans Google, onglet "Images", tapez "robots" et voyez si vous reconnaissez quelque chose en page 1...
Ricaille
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MessageSujet: Record !   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockMar 11 Sep 2007 - 16:26

ricaille a écrit:
Tiens à ce sujet, dans Google, onglet "Images", tapez "robots" et voyez si vous reconnaissez quelque chose en page 1...
Ricaille
18e sur un total d'environ 2 210 000 !

Bourré
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockMer 12 Sep 2007 - 16:49

"LE SENTIER DES HERISSONS"
Nouvelle de Rose GAUCHER



Biscotte, la lapine, sauta si prestement sur le divan, qu’elle réveilla Eugène.
Il venait de se plonger dans une sieste bienheureuse. Ah ! Ces doux moments où l’esprit flottait entre le rêve et la réalité… Eugène dormait sans dormir. Dans un halo parfois bleu-vert, parfois jaunâtre, il percevait l’ombre d’Eugénie, sa femme, qui trottinait, allant et venant sans cesse dans le salon.
- Elle ne sait pas rester en place ! Se dit-il avec une pointe de tendresse. Toujours aussi infatigable, ma bonne Eugénie !
Il la connaissait si bien, après plus de soixante années à partager sa vie.

Et ce soir, au seuil du sommeil, immuablement, elle lui parlera encore de ses douleurs lombaires, de son arthrose du genou, de ses crampes d’estomac et surtout de son « cancer des cheveux ». Eugène était dans le doute, mais immanquablement, c’était le leitmotiv qui revenait chaque nuit.
Hé oui, Il s’en souvenait comme si c’était hier ; dans ses jeunes années, Eugénie avait été une bien belle femme et sa plus grande fierté, c’était sa superbe chevelure d’un blond chatoyant…
A présent, elle se désolait des quelques rares mèches, mi-grises, mi-rousses qui cachaient à peine son crâne à moitié dégarni… Alors, pour se consoler, elle s’inventa « son cancer des cheveux », comme une évidence inéluctable et qui devait forcément lui arriver dans ses vieux jours.
- Mais oui, mais oui, ma bonne Eugénie ! Je sais que tu en souffres, mais ne t’en fais donc pas !  Les cheveux, ce n’est pas si important, tu en avais de si beaux… La vieillesse, çà n’arrange bien ! Chut ! Dors donc… tu pourras te trouver un tout nouveau chapeau, si le cœur t’en dit… Et il passa doucement sa main sur la tête de son épouse, comme pour l’apaiser.
Déjà, celle-ci avait sombré dans le sommeil. Elle dormait si bien, Eugénie, tout près de son Eugène. Et de chapeau, elle n’y songeait pas, car elle n’en portait jamais.

Dans un recoin de la chambre, Biscotte la lapine, se pelotonnait dans son panier, surveillant Moka le mainate qui somnolait dans sa cage, dans la pièce à côté.

- Garçon ! braya l’oiseau, un pt’it café !
- Couché ! lui répondit Eugène ! Sinon, tu finiras la nuit à la cave…
- Gar-çon… Gar-çon … Un p’tit glaçon pour le monsieur…
- Au poulailler ! Cria Eugène, excédé.
Et cela recommençait presque chaque nuit. Biscotte ne supportait pas ces criailleries, alors qu’Eugénie ronflait déjà, indifférente au vacarme habituel de l’oiseau.

Dans son jeune temps, Eugène avait été garçon de café dans l’une des plus belles brasseries du vieux Paris, « A la Palombe d’argent ».
Et des « Garçon ! » par ci, « Garçon ! » par là… Il en a entendu durant toute sa longue activité. Moka le mainate, était aussi de la partie. Perché dans sa grande cage, sous l’escalier qui menait à l’étage, il amusait ou déconcertait les clients avec sa voix nasillarde, appelant parfois les habitués par leur prénom.
Et son maître Eugène resta pour toujours « Garçon ».

Cela faisait sourire Eugénie. Mais elle connaissait les faiblesses de son homme. Elle savait que quelque part, l’oiseau lui rappelait le bon vieux temps. D’ailleurs, Eugène ne se gênait pas pour l’appeler « Génie, ma p’tite souris »!
C’est ainsi que Moka le mainate, la saluait chaque marin avec un « Bonjour la p’tite souris !» qui enchantait Eugène et agaçait Eugénie.

Au début de leur retraite, ils avaient délaissé Paris pour un petit village dans le Sud de la France, coulant ainsi des jours sereins sous le soleil, parmi le chant des cigales et, selon les saisons, le parfum des eucalyptus, des jasmins ou des mimosas.

Avec Biscotte, qui grignotait sans cesse et Moka le vieux mainate, la maison abritait aussi un gentil fox-terrier du nom de Whisky, cela va de soi ! Ce dernier essuyait régulièrement les plaisanteries du mainate.
          - Et un whisky pour Moka, un ! Braillait-il, au passage du chien.

Chaque matin, pendant qu’Eugénie vaquait aux soins du ménage, sous l’œil fureteur de Biscotte et les élucubrations de Moka, Eugène prenait son vieux vélo. Avec Whisky qui le suivait, la laisse attachée à la selle, ils se rendaient au Bois du Chevalier.

C’était un endroit très prisé des gens du village. Bien aménagé, avec un parcours santé pour les plus vaillants, des rochers naturels taillés en forme de banc pour le repos, et surtout de jolis coins ombragés où venaient pique-niquer sur l’herbe verte, les promeneurs du dimanche.
Au milieu du bois, une grande allée finissait en impasse avec deux sentiers.
Whisky trottinait derrière le vélo d’Eugène et longeait vaillamment toute l’allée. Son maître prenait toujours le sentier de droite qui menait vers un petit lac où des cygnes glissaient avec une grâce infinie… On y voyait parfois des fleurs de nénuphars qui émergeaient de l’eau, apportant des touches de couleurs à l’eau dormante du petit lac.

C’était un endroit délicieux. Eugène s’y arrêtait et sortait de son sac quelques biscuits ou un petit morceau de cake qu’il partageait avec son fidèle compagnon. Un petit « en cas », car pédaler sous le soleil, çà vous creuse ! disait le vieil homme. La laisse retirée, Whisky en profitait pour musarder çà et là, gratouiller la mousse tendre, déterrer les petits escargots ou les vers de terre enfouis dans le sol. Mais surtout, il ne manquait jamais d’aller saluer la petite rainette verte qui l’attendait sous l’eau.

- Tiens, pour toi, une petite boulette de cake !
- Je ne mange pas de sucreries, çà me gonfle la panse ! Lui répondit la rainette.
- Alors, que dois-je t’apporter ? Lui demanda Whisky.
- Des insectes ou des larves de libellules.
- Désolé, ma petite, c’est pas de la nourriture pour un chien !

Et ils passaient un moment ainsi, à bavarder comme deux vieux amis.
               - Il est temps de rentrer, cria Eugène ! Laisse ta grenouille. Tu la retrouveras demain.

Alors, paisiblement, ils s’en retournèrent à la maison, en évitant soigneusement le sentier qui partait vers la gauche. Cela intriguait fort Whisky, car il aurait bien voulu aller y faire un petit tour.
De l’allée, parfois, il pouvait voir des hérissons traverser le sentier.
Très souvent, des gens l’empruntaient, marchant d’un pas vif, accompagnés d’un chat ou d’un chien, qu’ils portaient dans leurs bras ou dans un panier garni de vieux chiffons.

- Vois-tu Whisky, le sentier, là, à gauche, faut jamais passer par là ! lui dit Eugène.
- Et pourquoi donc, Garçon ? C’est un joli sentier ; c’est plein de marguerites et de boutons d’or et puis, il y a toujours des hérissons. J’aime bien les hérissons !
- Oh ! Malgré les hérissons, ce ne sont pas des choses à raconter aux bêtes comme toi, çà te ferait pleurer…
- Je ne pleure jamais Garçon ! Je suis si heureux chez Eugène et Eugénie !
               - Va savoir ce que la vie vous réserve ! Un vieux, çà meurt vite… Un hérisson, on l’écrase comme un scarabée ou un escargot et les chiens… Ah ! Les pauvres chiens… Sans parler des chats, des lapins, des furets et tous les autres !… C’est pourquoi, personne n’a envie de prendre ce sentier là, sauf par obligation, murmura doucement Eugène entre ses dents.
- Pas même toi ? lui demanda Whisky.
- Moi, mon bon chien, ce serait encore pire ! Cela me déchirerait le cœur !
- Alors, c’est donc que çà mène au cimetière ?
- Mais non, imbécile, puisque, moi, j’en reviendrai vivant de ce maudit sentier !


Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 Raoul_13

- Peinture de Raoul Giordan -


Whisky ne chercha plus à comprendre. Pourtant, il traversait chaque fois l’allée, le souffle un peu plus haletant, dès qu’on s’approchait de la bifurcation des deux sentiers. Sur la droite, celui qui leur était si familier, on pouvait lire sur la pancarte de bois « Sentier du Petit Lac ».
Par contre, il fallait s’avancer un peu plus loin pour déchiffrer le panneau planté dans le sentier de gauche… Whisky se dit qu’un jour, il filera en douce rien que pour voir ce qui était écrit dessus.
Mais, cela ne servirait à rien. D’ailleurs, il ne savait pas lire… Peut-être que les hérissons, eux, connaissaient parfaitement ce sentier si inquiétant ?


*


Au retour de leur balade, on entendait la voix joyeuse d’Eugénie criant :
« A table !  Tout le monde !"
Alors, Whisky se précipitait sur sa gamelle, pendant que Biscotte, l’air dédaigneux, le regardait engloutir son écuelle.
               - Il a faim, le vieux chien !
               - La paix, l’angora ! Ah ! Je vois que madame a été servie la première, comme toujours ! Des carottes et des navets ! Des pommes et des sablés, toute l’année… Quel menu ! Et çà fait des crottes à longueur de journée ! Beurk !
               - Mon pauvre vieux ! Lui rétorqua Biscotte, moi, je ne cours pas les bois comme toi, et je tiens compagnie à Eugénie.
               - Ma jolie, avec ton blanc pelage, tu ferais une bien belle cible pour les chasseurs ! Paraît que c’est bon, un pâté de lapin aux olives…
- Et une, et deux ! brailla Moka dans sa cage…Garçon ! l’apéro et les glaçons !…
- Laisse-nous manger en paix, vieil emplumé ! lui lança Eugène.
- Alors « à ta santé ! » nasilla le mainate, sautillant heureux, d’une patte sur l’autre, dans sa grande cage.
               - Tu aurais mieux fait de choisir un petit serin, ma Génie, au moins, nous n’aurions pas les oreilles cassées à longueur de journée.
- Un serin, çà ne vit qu’un printemps et Moka nous accompagnent depuis si longtemps…
- Tu oublies aussi Whisky et Biscotte…
- Ce n’est pas pareil. Eux, ils vont et viennent, gambadent, hument les odeurs, courent dans le jardin, libres et heureux. Tandis que Moka, il ne connaît que sa cage.
- Faudrait peut-être le faire un peu sortir ? demanda Eugénie.
- Quoi ! Il est tellement vieux et pataud qu’il se cognerait aux murs ! C’est à se demander s’il sait encore voler…
- Tu as raison mon bon Eugène, alors, il faudra le choyer plus que les autres…
- N’empêche, il a la langue bien pendue, ton mainate !
- Une langue, çà peut être utile… On ne sait jamais ! Souviens-toi quand il braillait : « Chaud, chaud, Moka, l’a chaud ! »
- Ah oui ! le fameux court-circuit de l’an passé qui a bien failli nous griller tous ! Dieu merci, il nous a sauvés la vie !

Ainsi, coulaient sereinement les jours et puis les mois.
Deux années passèrent. Cet hiver là ne fut pas comme les autres.
Eugène avait pris froid et toussait à s’en arracher les poumons. Pour faire comme son maître, Moka toussait lui aussi, du moins crachotait comme un corbeau enroué.
Il mettait Biscotte dans une telle fureur qu’elle en avala des poils ; et des poils de lapin angora, ce n’est pas de la crème fouettée !

Quant à Whisky, triste et désemparé, il pensait amèrement à la petite grenouille verte et surtout, aux promenades manquées à cause de la faiblesse accrue de son maître. Car ce dernier avait peine à pédaler sur son vélo et ne quittait pratiquement plus son vieux fauteuil. Seule Eugénie, toujours vive et alerte, s’occupait de tout son petit monde.

Un matin, dans sa cuisine, alors qu’elle s’apprêtait à enfourner son cake du dimanche, elle entendit un bruit bizarre venant de salon.
- Encore cette Biscotte qui s’acharne sur le coussin de Whisky !
- Brouac ! Au s’cours ! brailla Moka. « Garçon, tombé ! Tombé Garçon ! Pin-pon, pin-pon !!! »
- Oh Seigneur ! S’écria Eugénie, en se précipitant dans le salon. Mon pauvre Eugène, qu’est-ce qu’il t’arrive ?
Effondré sur le fauteuil, le vieil homme ne lui répondit pas.
Victime d’une rupture d’anévrisme, Eugène avait cessé de vivre.


*
A suivre...
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockMer 12 Sep 2007 - 17:05

"Le Sentier des Hérissons" (Suite et fin).

Ce jour là, il faisait gris, comme en hiver à Paris, et le petit cimetière, à l’écart du village, était noyé dans une brume humide. Il y avait bien peu de monde pour accompagner Eugène en sa dernière demeure. Des voisins, de rares vieux amis, mais plus aucun membre de la famille. Ils étaient tous morts.

Eugénie suivait en tête le cercueil. Elle avait mis un chapeau, pour la première fois. Une rose noire était piquée sur le ruban satiné.
Des chapeaux ? Elle en découvrit des dizaines, soigneusement rangés dans des boîtes rondes, tous achetés en douce par Eugène, pour sa tendre Eugénie. A leur vue, Eugénie fondit en larmes…
- Je ne survivrai pas à mon époux murmura-t-elle, la gorge nouée et la démarche chancelante. Mon Dieu, pourquoi m’avoir laissée seule ainsi !
Whisky trottinait à ses côtés, les yeux tristes, la queue basse et le museau humide. Il n’aimait pas ce chemin caillouteux qu’il découvrait pour la première fois. L’herbe y était rare, le sol aride, les abords envahis de ronces et de mûriers sauvages. Parfois, des lézards furtifs s’enfuyaient sous les cailloux. Seuls, quelques ifs souffreteux apportaient une touche de verdure à l’endroit qu’on appelait le « Cimetière des trois Croix ». Les croix de la Douleur, de la Faim et de la Soif.
De vieilles tombes, à moitié effondrées, rappelaient encore que dans l’ancien temps, les villageois mouraient de la peste et de la famine. C’est pourquoi, ce lieu était assez éloigné du village et rares étaient les visiteurs qui venaient s’y recueillir.
Pendant que Whisky s’imprégnait des odeurs du chemin, Biscotte, enfouie dans un panier à demi entr’ouvert porté par Eugénie, regardait, effarée, la nature et les êtres alentour. A présent, loin de son panier douillet, tout l’effrayait.

Seul dans la maison au silence pesant, Moka le mainate, prostré dans sa cage, les yeux perdus, cherchait et appelait Eugène. Le Garçon de la belle brasserie « A la Palombe d’Argent » qui, hélas, avait déserté la demeure à tout jamais.
Ce matin-là, pour la première fois, on l’entendait crier désespérément : « Patron ! »


*


Les jours qui suivirent furent un bouleversement pour tous.
Eugénie ferma une dernière fois les persiennes bleues et quitta sa chère maison avec un Moka, muet dans sa cage.
Une ambulance les attendait au dehors, avec pour destination, la Résidence de retraite « Les Glycines », nichée dans l’arrière-pays niçois.

Une voiture vint chercher Whisky et Biscotte. Elle emprunta le chemin que connaissait si bien le chien, quand il suivait Eugène derrière son vélo.
Voici le Bois du Chevalier. Le chauffeur se gara dans le parking, prit les deux animaux et ensemble, ils remontèrent la grande allée.
Arrivés tout au bout, oh  Surprise ! L’homme délaissa le sentier de droite qui menait au petit lac, et prit d’un pas décidé, celui de gauche.
Ils y progressèrent lentement. Arrivés devant la pancarte de bois, l’homme s’écria :
- Ah ! C’est bien  par là « Le refuge de Lady Liu, l’annexe de la SPA ».
- C’est quoi un refuge SPA demanda la lapine à Whisky ?
- Je n’en sais rien moi-même… Tout ce que je sais, c’est qu’on y va !
- Faut surtout pas y aller supplia la petite grenouille, qui, sur le bord du chemin, attendait Whisky depuis plusieurs jours… Retourne au Petit Lac.
Je t’y rejoindrai chaque jour. Tu verras, les nénuphars sont presque tous en fleurs
- C’est impossible, petite rainette. Nous ne sommes plus libres et nous voilà si malheureux de ne plus revoir Eugène et Eugénie.
- Ne soyez pas tristes, s’écrièrent en chœur deux hérissons qui leur emboîtèrent discrètement le pas, avançant prudemment au bord du sentier.
- Vous connaissez l’endroit où l’on nous emmène ? leur demanda Whisky.
- Bien sûr ! C’est là que sont enfermés les animaux malades ou abandonnés par leurs maîtres…
- Nous ne sommes ni malades, ni abandonnés, rétorqua Biscotte, l’air outré. Nous étions très aimés et si heureux auprès d’Eugène et Eugénie !
- Oui, mais voilà, ajouta Whisky, notre maître est mort et notre maîtresse n’a pas pu nous emmener avec elle. Elle l’aurait tant voulu. Mais là où on l’a emmenée, c’est défendu. Heureusement qu’elle a pu garder Moka. Il lui tiendra ainsi compagnie.
- C’est qui Moka ? demandèrent Pik et Pok les hérissons.
- Un mainate. Un oiseau tout noir, avec un bec jaune, pas aussi joli qu’un rossignol du Japon, mais qui sait parler à merveille !
- On aimerait bien être un oiseau, murmura Pok. Au moins, on pourrait s’envoler et ne pas être pourchassés et écrasés par les hommes et les autos, malgré nos pics sensés nous protéger !
- Même lorsque vous vous mettez en boule ?
- Bof ! Cela ne sert à rien ! nous sommes si fragiles, répondirent les hérissons.  
- Vous viendrez nous voir au Refuge ? leur demanda Whisky.
- Non seulement, nous viendrons, c’est promis, mais nous vous ferons sortir de cet endroit.
- C’est si effrayant que cela ? s’inquiéta Biscotte.
- Non ! C’est plutôt désolant et triste à pleurer. Les animaux y sont bien malheureux. Ils espèrent tous qu’on vienne les chercher. Des fois, ils attendent pour rien. C’est la mort qui les attend…


*


Déjà plusieurs jours que Whisky et Biscotte étaient accueillis au refuge.
Aimant passionnément les animaux, Lady Liu, une vieille aristocrate anglaise, veuve d’un haut dignitaire chinois, avait créé ce refuge pour gagner son Nirvana.
Elle vint saluer ses nouveaux pensionnaires et s’extasia sur le magnifique pelage de Biscotte.
- Toi, ma belle angora, tu ne resteras pas longtemps ici ! J’en connais une qui t’adoptera de suite. Là-bas, tu y seras bien choyée et tu auras tout un grand parc pour trottiner au milieu des pâquerettes, petite veinarde !

Et c’est ainsi que Biscotte, sans pouvoir dire adieu à Whisky, quitta le lendemain le refuge pour la propriété de la Comtesse de Muzault, sur les hauteurs de Cannes.

Le petit chien se sentit encore plus seul et plus malheureux. Il ne revit plus la petite rainette, mais se consola de la visite de ses deux amis hérissons.
Ceux-ci passaient chaque jour à travers le grillage du refuge, à l’endroit où l’herbe était plus haute et plus dense, et attendaient l’heure de la sortie des animaux.
- Bonjour Whisky ! Dimanche, les visiteurs seront plus nombreux. On ne fera pas trop attention à toi. Lors de ta promenade, tu t’éloigneras discrètement et tu nous suivras. On a repéré un grand trou au bout du refuge, et dont le grillage a été partiellement endommagé par des sangliers. Il faudra faire vite, car le jardinier doit venir le réparer ces jours-ci.

- Oh oui ! Je serai prêt leur répondit Whisky. Il est temps que je quitte ce lieu. Je ne supporte plus les miaulements et les aboiements de mes pauvres compagnons. Ils gémissent sans cesse quand personne ne s’arrête devant leur cage. Moi, je sais qu’ils appellent au secours ! Cela va un peu mieux quand Lady Liu passe les caresser et leur parler comme à des enfants… Lady Liu, elle est si bonne, mais elle ne remplacera jamais Eugène et Eugénie.

Ce dimanche-là, Whisky attendit ses amis Pik et Pok, et profitant de l’inattention du gardien, fila en leur direction. Ils passèrent par le trou du grillage et franchirent sans encombre le petit fossé, en direction de la grande allée.
- Bonne chance leur cria les hérissons ! Sais-tu au moins où aller ?
- Ne vous inquiétez pas pour moi. J’ai mûri un projet dans ma tête et je me dois de respecter un vœu, si je sortais un jour de ce mouroir !
- Prends garde à toi, et reviens nous voir, en chien libre et heureux. Le sentier de droite t’attend, et les nénuphars n’ont jamais été aussi beaux !

Whisky salua ses amis et partit sans se retourner.


*


Il marcha longuement, haletant, mais bien déterminé. Quand il apercevait des gens, il se cachait derrière un arbre ou rampait entre les grandes herbes. Vite, il s’éloigna du village.
Voici le grand Calvaire, et enfin le chemin qu’il avait emprunté il n’y avait pas si longtemps, derrière le cercueil d’Eugène.
La tombe était au bout, dans le nouveau carré, près du muret où courait un vieil églantier.
Whisky huma la terre, gémit comme un enfant, et fit le tour du monticule encore parsemé de quelques gerbes toutes flétries.

Puis, il se mit à creuser. Acharné, désespéré, les yeux presque fous.

Whisky creusa, creusa… Une heure, un jour, une éternité ?
Il ne s’en souvenait plus, mais quelle importance !
Seul, il savait qu’Eugène reposait là, sous cette masse de terre encore humide de la dernière rosée.
Il fallait qu’il le délivre, pour le retrouver et le sortir de là, et repartir ensemble vers le Bois du Chevalier.
A force de déblayer la terre, un petit fossé entourait à présent le pourtour de la tombe.


Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 Raol_g10
Illustration de Raoul GIORDAN, inspiré par cette nouvelle

Les yeux de Whisky se brouillèrent de plus en plus, mais il creusait sans cesse, oubliant la douleur, la faim et la soif.
A l’opposé de la tombe, les derniers rayons de soleil illuminaient les trois Croix, au seuil du crépuscule, puis la nuit arriva, enveloppant le cimetière d’une âpre obscurité.

Le lendemain, on retrouva Whisky, couché dans le fossé.
Tout son corps s’était habillé de terre ocre.
Il gisait près de la tombe, sans vie, les pattes ensanglantées, et à demi recouvert des dernières fleurs fanées, destinées à Eugène.


*


Longtemps encore, dans le village, les gens affirmèrent avoir vu des hérissons venir autour de la tombe, parfois accompagnés d’une petite rainette.

Mais à part les lézards et les escargots, a-t-on vraiment vu des hérissons dans un endroit pareil ?

Demandez à la Lune …
Pour celui qui veut croire, elle vous dira que tout est possible.  


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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockVen 21 Sep 2007 - 23:34

C'est vraiment superbe, Cynniris...

Mais ta nouvelle me fait Très triste
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockMer 10 Oct 2007 - 18:27

Bonsoir,

En réponse à Ricaille, au sujet de « l'ambiance culturelle », à savoir si Raoul Giordan fréquentait-il les salles obscures ?

Sans préciser si c’est avant, pendant ou après la période Météor, il déclare, si sa mémoire est bonne, avoir vu :

Ma femme est une sorcière (I Married a Wich), 1942, René Clair, Etats-Unis.
Frankenstein
Les visiteurs du soir, 1942, Marcel Carné, France.
Batman (Batman/Les hommes chauve-souris), 1943, Lambert Hyllier.
Les Aventures fantastiques du Baron de Münchhausen (Münchhausen), 1943, Allemagne.
La Malédiction des hommes chats (Curse of the Cat People), 1944, Robert Wise, Etats-Unis.
La Belle et la bête, 1946, Jean Cocteau, France.
La bête aux cinq doigts (The Beast with Five Fingers), 1946, Jean Cocteau, Etats-Unis.
Les jeux sont faits, 1947, Jean Delannoy, France.
Sinbad le marin (Sinbad the Sailor), 1947, Richard Wallace, Etats-Unis.
Superman, 1948, Etats-Unis.
Le jour où la terre s'arrêta (The Day the Earth Stood Still), 1951, Robert Wise, Etats-Unis.
La chose d'un autre monde (The Thing from Another World), 1951, Howard Hawks, Etats-Unis
??? Le choc des mondes (When Worlds Collide), 1951, Etats-Unis.

Avec un grand sourire, il a ajouté et « Voyage dans la Lune » de Méliès.

Lorsqu’il a créé une BD d’Anticipation à la demande d’Artima, il se sentait capable de tout pouvoir faire : Policier, Western, Aventures, S.F. Il a précisé « tout comme un compositeur peut réaliser tout aussi bien une musique de film de Western, d’aventure, d'amour etc.
Aimant beaucoup Jules Verne, H. G. Wells, Griffith, Ayant goût pour la S.F. ancienne et l’anticipation, il affirme s’y être adonné avec plaisir.

Très cordialement.
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockMer 10 Oct 2007 - 23:34

captainbop a écrit:
Les visiteurs du soir, 1942, Marcel Carné, France.

Très cordialement.
Clin d\'oeil Clin d\'oeil Clin d\'oeil

C'est marrant ça ! A la relecture, certaines cases m'avaient fait penser à ce film pour les costumes surtout, mais aussi par certains cadrages. Mais je n'ai pas noté le ou les numéros... Rolling Eyes

Ricaille
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockLun 3 Déc 2007 - 12:33

"Biscotte"

Poème de
Rose GAUCHER


Pelage hermine
Yeux tourmaline
Elle s’appelle Biscotte !
Ses dents sont des quenottes
D’un blanc de porcelaine.
De ma terrasse
Elle fait le tour,
Puis se prélasse
Comme une reine.
Parfois elle court,
A perdre haleine
Sous les lauriers
Et puis se cache
Au pied du citronnier.

Dès la cage entr’ouverte
Elle file sans relâche
Dans des endroits cachés,
Ses lieux les plus secrets
Et joue à saute-mouton
Tel un chaton
Apprivoisé…
Quelques feuilles de mâche
Et elle pointe son nez !
Elle sort de son terrier,
Et fait des bonds
Puis tourne en rond
Sous le regard narquois
Du perroquet en bois
Aux coloris vermeil
Qui la surveille,
Sentinelle aux abois.

Ivre de liberté
Elle saute sur les grands pots
De terre indigo,
Grignote avec délices
Quelques pétales d’iris,
Ignore le datura
Et mordille d’emblée
Boutons de bégonia
Hibiscus et pensées.

Sur ses deux pattes arrière
Se dresse comme un chat
Pour atteindre, droite et fière
Les pousses de gardénia.
Elle se nomme Biscotte
Petite lapine bélier
Coquine et point si sotte
Si douce et si câline
Pour moi qui sais l’aimer.

Car elle est ma mascotte,
Quand mes pensées chagrines
Me rappellent soudain
Un certain petit Chien
Parti un triste jour,
S’en allant pour toujours
Vers d’éternelles saisons
Au royaume des Bichons…

Petit chien, petit chat
Souvent dans les foyers
Vous êtes les plus choyés.
Canari, poisson ou écureuil
Pourquoi pas, mygale ou bien boa,
Qu’importe nos penchants
Dès lors qu’on vous accueille
Grâce à nos cœurs aimants.

*
Elle s’appelle Biscotte
Friande de céleri,
Pomme d’api et carotte,
Kiwi et mandarine,
Ma lapine si jolie
Aux prunelles aigue-marine,
Qui sait aussi donner,
Lorsque je la caresse,
De son museau léger
De touts petits baisers
En gage de tendresse.

___________________Rose GAUCHER
---------------

Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 Biscot11

En septembre dernier, "Biscotte" a fait connaissance avec "Bigoudi", la tortue qui vit dans le jardin de Raoul GIORDAN.
Le poème et cette "Brève rencontre" ont inspiré l'artiste :

Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 Raoul_14

- Illustration de Raoul GIORDAN -
Très cordialement.
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Dernière édition par captainbop le Dim 3 Jan 2016 - 9:16, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockMar 4 Déc 2007 - 17:21

captainbop a écrit:
"Biscotte"

Poème de Rose GAUCHER
C'est vraiment très joli, très mignon.

Bravo 2
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockMar 4 Déc 2007 - 18:13

Hello Candide !

MERCI d'avoir apprécié ma petite "Biscotte".

Bien cordialement.
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockMer 5 Déc 2007 - 12:08

Un peu de fraîcheur, ce regard que trop d'adultes ont perdu !
Merci Rose...
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockMer 5 Déc 2007 - 14:54

ricaille a écrit:
... ce regard que trop d'adultes ont perdu !
Et que de plus en plus d'enfants n'ont jamais eu et n'auront jamais Très triste

Merci, Rose Très content
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 MiniclockMer 5 Déc 2007 - 16:24

Hello !

C'est très sympath de votre part !

Et ça ne s'invente pas, voici une photo de la brève rencontre entre Biscotte et Bigoudi (Bigoudi, en souvenir du salon de coiffure de M.-Th. Giordan) :

Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 Bigoudibiscottepi1

Bien cordialement.
Cynniris
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MessageSujet: Re: Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN   Ce qui a inspiré RAOUL GIORDAN - Page 2 Miniclock

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